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Notre premier convoi de matériel en mai 2002

Un premier envoi de matériel en Irak a été effectué en mai 2002. A cette occasion, nous avons choisi de récolter principalement du matériel scolaire. Ce choix a été motivé par le besoin des enfants irakiens de poursuivre leur instruction. En effet, la moindre feuille de papier est un bien précieux, d'autant plus que la production irakienne a été interrompue par des bombardements.

Avant de se lancer dans des envois plus délicats tels que nourriture, médicaments, purificateurs d'eau, etc., ce premier envoi de matériel scolaire basic nous a permis de veiller au bon déroulement de l'acheminement et de la distribution du matériel.

Un membre de l'association est parti le 18 mai 2002 en Irak pour convoyer la marchandise, et a profité de faire découvrir ce pays à des personnes extérieures à l'association. A cette occasion, un rapport-récit de voyage a été écrit.

Rapport des membres d'ABIR concernant le 1er convoi de matériel en Irak, du 18 au 26 mai 2002.

Nous atterrissons le 18 mai au soir à l'aéroport d'Amman. A peine arrivés, nous allons récupérer le matériel acheté en Jordanie : environ 600 kg de fournitures scolaires diverses (cahiers, stylos, crayons et crayons de couleur, gommes, équerres et règles en plastique), auxquelles s'ajoutent les cahiers, gommes, tailles crayons, crayons de couleur, boîtes de peinture et boîtes de vitamines acquis grâce à des bons d'achats reçus en Suisse que nous avons transportés en bagages accompagnés.

Chargement du matériel
Chargement du matériel à l'aéroport d'Aman/Jordanie
© 2002 ABIR All rights reserved.

Les dons en nature envoyés préalablement depuis la Suisse ne sont pas encore arrivés. Il s'agit de 400 kg de matériel, comprenant des médicaments, des revues médicales, trois prothèses de jambes, des cahiers, des paquets de feuilles de papier A4 et A3, et des peluches. La quantité de matériel acheté en Jordanie étant relativement conséquente, nous décidons de faire transporter ultérieurement en Irak le matériel manquant et prenons la route qui nous mènera à Bagdad, à 1'000 kilomètres de là. Le voyage est long et épuisant : six heures d'attente à la douane et encore 5 heures de route pour arriver à Bagdad le 19 mai vers 13h30.

Chargement du matériel
Chargement du matériel à l'aéroport d'Aman/Jordanie
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Comme d'habitude la ville grouille de monde et de vie. On ne remarque plus les stigmates des bombardements. Les routes sont bien entretenues, à l'instar des grandes villes européennes. Les vieux bus qui tenaient par la force des choses ont été remplacés par des véhicules flambants neufs fournis par la Chine. Des chantiers, partout, rappellent HongKong avant qu'elle ne passe en mains chinoises.

En apparence, les gens vivent comme n'importe quel peuple moyen-oriental. Commerçants, entrepreneurs et fonctionnaires d'Etat, tous sont préoccupés par leur travail et les soucis quotidiens. Pour beaucoup, l'argent fait défaut… tandis que d'autres comptent en dollars américains.

"L'embargo ? Nous nous y sommes habitués, il fait partie de notre vie de tous les jours.". Les Irakiens sont fiers ! Je l'avais déjà remarqué en arrivant en Jordanie, où notre chauffeur m'a prévenue : "Pas de bakchichs à la douane, les choses ont changé. La corruption est devenue l'ennemi public numéro deux, après Bush."

Effectivement, les douaniers étaient sur leurs gardes. L'un d'eux à qui j'ai proposé du chocolat suisse pour ses enfants a gentiment refusé l'offre : "Même pas du chocolat !".

Ruelle à BagdadUne ruelle de Bagdad
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Ce sentiment de malaise nous accompagne tout au long de notre séjour. Le jour de notre arrivée, deux membres de notre équipe, moins fatigués par le voyage que les autres, sortent seuls pour découvrir la ville des milles et une nuits. Un policier les interpelle alors qu'ils photographient un bâtiment quelconque et il leur confisque leur film. Quelques dizaines de mètres plus loin, une patrouille de cinq militaires les aborde et les "raccompagne" à l'hôtel. On nous explique que les deux personnes étaient en train de prendre des photos du palais présidentiel ! On les a ramenées de peur qu'elles ne soient agressées dans la rue et que cela porte préjudice à l'image de l'Irak et à son hospitalité !

Nous sommes continuellement escortés par le trésorier de notre agence de voyage et par un petit homme nerveux, fonctionnaire de l'Office du tourisme, guide imposé par ledit office à notre agence. Il connaît moins son manuel que les endroits à ne pas photographier ! Un haut fonctionnaire nous avait pourtant affirmé qu'il n'y a aucune interdiction de filmer les monuments. Pourtant, les soldats zélés nous l'interdisent. Résultat : il n'était presque pas possible de prendre des photos à l'intérieur de Bagdad !

Nous sommes reçus par le Ministre de la santé, par le Ministre du travail et par la Présidente de la Fédération des femmes irakiennes. Les entretiens sont instructifs. Ils tournent autour de l'embargo et de ses conséquences sur la vie et l'économie du pays. Ces rencontres ont été transmises par les trois chaînes de télévision et des articles ont parus dans presse écrite irakiennes.


maison à BagdadUne maison à Bagdad
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Nous livrons le matériel scolaire à la Fédération. Les élèves étant en vacances, nous ne pouvons pas assister à la distribution qui sera effectuée à la rentrée d'octobre. On trouve désormais des fournitures scolaires sur le marché, toutefois leur prix est presque le même qu'en Suisse; on imagine bien qu'elles restent par conséquent inabordables pour un fonctionnaire moyen dont le revenu mensuel ne dépasse pas les cinq dollars américains, selon les gens rencontrés.

Nous avons la possibilité de visiter l'hôpital universitaire pédiatrique de Bagdad. La situation y est aussi catastrophique que lors de ma dernière visite en 2000 Les ascenseurs sont toujours en panne, les petits malades continuent de monter à pied jusqu'au quatrième étage. Les médicaments font toujours défaut et les enfants atteints de leucémie, d'insuffisance respiratoire, de malnutrition et de diarrhée chronique, ainsi que les prématurés, continuent de mourir par manque de soins adéquats. Les mères désespérées, les yeux rougis par les larmes ou par le manque de sommeil, drapées dans leurs voiles noirs, errent comme des zombies. L'une d'elle, âgée de dix-neuf ans à peine, donne le biberon à son bébé né avant terme à travers la vitre d'une couveuse. Il ne survivra pas au-delà d'une semaine; c'est le troisième enfant qu'elle ne verra pas grandir. Elle est taciturne. Ses gestes sont ceux d'un automate. S'est-elle déjà préparée à la mort prochaine de son enfant ? Elle ne répond pas à mes questions; c'est sa mère qui le fait à sa place…


Une rue marchande de Bagdad
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D'après les deux médecins qui nous accompagnent, tout manque, des aiguilles de seringues aux appareils de radiologie, en passant par les antibiotiques et les couveuses. Le Ministre de la santé, qui a bien compris que nos dons restent symboliques et que nous n'avons nullement la prétention de combler les besoins créés par l'embargo, nous a précisé que nous pouvons continuer nos actions, mais que même si nous pouvions faire soigner des enfants en Europe, cela ne changerait rien au retard qu'a pris l'Irak dans les domaines de la santé et de la prévention.

Le besoin est immense. L'équipement, le matériel, les médicaments et même la formation du personnel soignant sont quasi inexistants. Il serait profitable que des professionnels qualifiés et bénévoles partent en Irak pour former les membres du corps hospitalier et les mettre au courant des dernières techniques existantes, et leur apporter le matériel nécessaire (blouses, vêtements pour le bloc opératoire, stéthoscopes, etc.).

Sur les sites touristiques, des enfants sortis de je ne sais où viennent, d'abord timides, puis de plus en plus hardis, se bousculer devant l'objectif de " notre " cameraman. Ils répondent à mes questions sans se soucier du petit fonctionnaire nerveux qui les houspille en essayant de les chasser. Une des filles, âgée d'une douzaine d'années, a quitté l'école pour s'occuper de sa mère dépressive. Sa sœur aînée est décédée deux ans auparavant d'un arrêt cardiaque. Elle avait 12 ans. Son frère est décédé à l'âge de deux ans, noyé dans le petit ruisseau avoisinant la maison. Une autre petite fille n'était pas très fière de nous dire qu'elle devait refaire l'année scolaire. Elle avait contracté la typhoïde et manqué l'école pendant un mois…

Ailleurs, un joli brin de fille, le teint hâlé et les yeux couleur émeraude, répondant au nom prémonitoire "Iqtiçad" (économie en arabe), s'approche de nous hésitante. Elle n'est pas scolarisée. Son père, peut-être justement par mesure d'économie, a décidé de favoriser les garçons au détriment des filles.

Bien qu'elle ne soit pas visible partout, la misère est omniprésente, ce qui n'est pas étonnant si on a déjà visité le Caire ou Casablanca. Seulement, en Irak, il s'agit d'un retour en arrière, puisque avant la Guerre du Golf, l'Irak avait une structure sociale autre que celle de l'Egypte ou du Maroc. Il était et reste un pays riche, mais il ne peut pas profiter de ses richesses, soumises à l'embargo. Le gouvernement offre mensuellement à chaque citoyen une livre de farine, une de riz, une de sucre, une de légumineuses, du thé et du savon. Est-ce suffisant pour enrayer les problèmes de sous-alimentation de la population ? Selon notre guide, la mendicité serait devenue un métier.

Le 26 mai, au terme de notre voyage, nous quittons Bagdad encore endormie. Notre véhicule traverse à vive allure les rues presque désertes. Nous laissons derrière nous une ville qui ne nous a pas livré tous ses mystères. Le seul souci des gens que nous avons rencontrés était que nous gardions un bon souvenir de leur pays.

Notre guide nerveux ainsi que notre "trésorier " nous accompagnent jusqu'à la frontière où ils nous prennent dans leurs bras pour un ultime au revoir. Soulagés de nous avoir ramenés à bon port, ils se précipitent sans se retourner vers le véhicule qui les ramènera à Bagdad. Ils pourront retrouver leurs familles qu'ils n'ont pas vues depuis une semaine, passée avec une équipe un peu trop curieuse et "turbulente" à leur goût.


Le lendemain de notre retour à Amman, après de nombreuses tracasseries administratives, le matériel affrété depuis la Suisse a été chargé dans un véhicule à destination de Bagdad où la Fédération des femmes irakiennes le réceptionnera.

Neuchâtel, le 13 juin 2002.

 
     
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