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Bagdad au mois de mai 2003
Après notre premier convoi de matériel
en mai 2002, la président de notre association s'est rendue
à Bagdad en mai 2003 afin d'étudier les besoins exacts
de la population locale pour mieux les cibler et de prévoir
dans quelles conditions nous pourrons continuer notre action. Nous
avons profité de ce voyage pour amener des médicaments
de première nécessité.
Shako-mako : Quoi de neuf ? en dialecte irakien
V. L. & D. R.
Nous avons quitté l'hôtel à Amman à 1h30
à bord d'un GMC, véhicule 4x4 climatisé servant
aux voyages de longues distances. La consigne était de rouler
en convoi et de ne pas fermer l'il pendant le voyage. Nous
sommes arrivés à la frontière irakienne vers
6h du matin où nous avons dû attendre deux heures avant
que les soldats américains ouvrent le check point. La douane,
qui jadis grouillait de monde, était déserte. Les
traces de balles, les vitres brisées et la tempête
de sable donnaient à ce lieu un air de ville fantôme
qui rappelait au voyageur certains films de western. Les chauffeurs
se sont rués sur les vendeurs d'essence au bord de la route.
A l'aide d'un tuyau ils aspiraient le précieux liquide qu'ils
recrachaient ensuite avant de remplir leurs réservoirs.
Pendant ce temps, je me suis dirigée vers une modeste construction
non loin de là. La porte était grande ouverte. C'était
une petite chambre vide donnant sur une autre plus petite encore,
apparemment habitée. J'ai appelé pour savoir s'il
y avait quelqu'un. Un hurlement m'a répondu. Une femme, toute
de noir vêtue, est sortie en vociférant. Surprise,
j'ai reculé, mais me suis ravisée. Je lui ai expliqué
que je ne lui voulais aucun mal. Une fois calmée, elle m'a
demandé d'où je venais. La discussion étant
engagée, elle m'a tirée vers la chambre du fond et
m'a montré une inscription tracée avec du charbon
sur le mur. Je n'ai malheureusement pas eu le courage de la lire
: j'étais impressionnée par cette dame. Elle m'a dit
qu'elle était Hachémite (descendante de la famille
régnante jordanienne). Le visage sillonné de rides
profondes, elle arborait des tatouages sur le front et le menton.
Elle avait dû être belle quand elle était jeune
Ses yeux vitreux d'une couleur indéfinissable lui donnaient
l'air d'une extra-terrestre. "Elle a la cataracte", m'a
expliqué par la suite Valérie, ma co-équipière.
La dame voulait que je lui fasse une piqûre ! Je lui ai demandé
si elle n'avait pas besoin d'autre chose. "Non". Elle
m'a suppliée de lui faire une piqûre contre la maladie
du "canari" ! Elle en avait peur. Je me suis renseignée
auprès de Valérie, infirmière de profession,
sur cette maladie gazouillante. Elle n'en avait jamais entendu parler.
La dame se sentant fatiguée voulait aussi de l'eau médicinale
! Là, au moins c'était clair : elle réclamait
de l'eau minérale. Comme elle insistait pour que je lui fasse
sa piqûre, je suis retournée vers la voiture et Valérie
lui a apporté une bouteille d'eau. Notre véhicule
a ensuite démarré et la femme a disparu dans un nuage
de poussière.
Il nous restait cinq heures de trajet avant d'arriver à Bagdad...
Deux GMC nous attendaient afin de former un convoi pour parcourir
le tronçon réputé être le plus dangereux.
On roulait vite, entre 140 et 160 kilomètres à l'heure.
Sur la route du désert, on voyait parfois les dommages causés
par les bombardements. Plus on s'approchait de Ramady, plus la tension
augmentait. Les chauffeurs craignaient les bandits armés
qui attaquent les voyageurs. Vers Fallouja, cinq autres véhicules
se sont joints au convoi et la course infernale s'est poursuivie
jusqu'à Bagdad où nous sommes arrivés vers
14h30 dans une chaleur frisant les 43 degrés. Nous avons
pris congé de notre chauffeur jordanien qui retourne le jour
même à Amman afin d'économiser une nuit d'hôtel
et de revenir rapidement avec d'autres passagers.
Le lendemain, Haytham, notre chauffeur irakien, était à
l'heure au rendez-vous. Sa guimbarde rouge à la couleur délavée
nous a certes rendu d'inestimables services, mais ses toussotements
et ses arrêts inopinés ont donné quelques frayeurs
à Valérie. Pour quinze dollars par jour, on ne pouvait
espérer mieux. Notre première visite était
celle du "Village de la famille Irakienne"...
Evaluations
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