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Les répercussions de 10 années
de sanctions :
Des bébés meurent en Irak, c'est injustifiable
Par Odilo Noti, journaliste à
La République
Voici 10 ans, le Conseil de sécurité
des Nations Unies a pris des sanctions contre l'Irak. Il entendait
renverser ainsi Saddam Hussein. Or, ce régime tient toujours
en place. Ces sanctions ont surtout des répercussions désastreuses
pour la population: la mortalité infantile a augmenté
et les soins médicaux se sont dégradés. De
plus en plus d'organisations humanitaires estiment que les sanctions
ont manqué leur objectif et qu'elles se trompent de cible.
Le docteur Taha Hamid Al-Askari est médecin en chef dans
le plus grand hôpital Irakien pour les malades du cancer.
Il estime que 8'000 patients sont traités chaque mois dans
cette clinique de Bagdad. Le docteur Hamid, qui travaille 15 heures
par jour dans des conditions déplorables, est accablé
de soucis. D'importants médicaments nécessaires pour
les chimiothérapies lui font défaut. Et sur les 7
appareils dont il dispose pour les rayons, 4 ne fonctionnent plus
faute de pièces de rechange ou parce que des matières
premières telles que le cobalt sont épuisées.
"La pénurie de médicaments est grande",
explique le docteur Hamid. Certains instruments nous manquent également
et les appareils thérapeutiques devraient être absolument
réparés. Cependant les sanctions qui ont été
décrétées contre l'Irak voici 10 ans rendent
la chose impossible. Le comité des sanctions du Conseil de
sécurité a bloqué nos commandes. Il dit que
ces matériaux pourraient aussi servir à fabriquer
des armes. On nous a même empêchés d'acheter
de nouveaux ordinateurs avec cet argument".
Appauvrissement de la classe moyenne
Les sanctions que le Conseil de sécurité
des Nations Unies a infligées à l'Irak avaient pour
but de provoquer un changement à la tête du pays et
d'empêcher le réarmement de l'armée. Mais l'embargo
n'a pas eu l'effet voulu: Saddam Hussein est toujours aussi solidement
au pouvoir. La présence policière constante et les
divisions au sein de l'opposition n'en sont pas les seules responsables.
Les sanctions y ont aussi contribué, en faisant notamment
disparaître la classe moyenne. Ce pays qui présentait
un haut niveau technologique est retourné au stade de pays
en développement. Alors qu'un enseignant gagnait encore 400
dollars voici 10 ans, il en touche à peine 3 aujourd'hui.
Mais un peuple qui lutte quotidiennement pour survivre a d'autres
soucis que de renverser son gouvernement. Saddam peut par ailleurs,
grâce à l'embargo, attribuer la misère de son
peuple à l'Occident ou aux Nations Unies. Beaucoup d'experts
sont convaincus que les sanctions ont renforcé le régime
du dictateur.
La population souffre. La mortalité infantile a par exemple
énormément augmenté ces 10 dernières
années. L'une des causes en est dans la malnutrition. Il
n'y avait en effet pas assez de vivres à disposition et d'importants
compléments alimentaires riches en protéines ont fait
défaut.
Les sanctions ont également empêché le pays
de reconstruire son infrastructure détruite par la guerre
et beaucoup de stations d'épuration ne fonctionnent plus.
L'eau est polluée et il n'y a plus de chlore pour la désinfecter,
car ce produit pourrait être utilisé pour la fabrication
d'armes chimiques.
Lever les sanctions
Le Conseil de sécurité a certes
légèrement adouci l'embargo pour une durée
de 5 ans, par le biais du programme "pétrole contre
nourriture" qui autorise l'Irak à exporter du pétrole
pour acheter des vivres et des médicaments. Mais la procédure
est longue et compliquée. Chaque contrat de livraison que
l'Irak conclut avec une entreprise doit être approuvé
à New York. Pas moins de 400 observateurs sur place contrôlent
que les aliments achetés grâce aux recettes pétrolières
sont bien remis gratuitement à la population une fois par
mois.
Les organisations humanitaires sont unanimes: c'est en premier lieu
la population qui souffre des sanctions. Ces dernières ont
par conséquent manqué leur objectif. Une délégation
internationale de Caritas a visité le pays en janvier de
cette année. Sa conclusion est également sans appel,
comme l'explique le président de Caritas Europe, Denis Vienot:
"Il faut lever les sanctions pour des raisons humanitaires
et traiter autrement les questions politiques qui ont par exemple
trait au contrôle des arsenaux d'armes".
Toujours d'après Denis Vienot, les sanctions ont d'énormes
conséquences sociales et psychiques: "Elles entraînent
la mort des pauvres et des malades, des personnes sans défense
et de celles qui sont dans le besoin. Même des bébés
qui sont pourtant nés après la guerre meurent. C'est
moralement injustifiable".
Paru le 27 avril 2001 dans La République.
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