100 ans de punition...
Embargo contre l'Irak...
Des bébés meurent...
L'embargo tue d'abord...
La vérité sur la guerre...
Dossier spécial...

 


L'embargo tue d'abord les enfants
L'Humanité

Selon un rapport de l'ONU, la mortalité infantile a doublé à Bagdad et sextuplé dans les zones rurales en six ans. Acte d'accusation.

MORTALITE infantile, malnutrition, maladies chroniques, mendicité, fuite des cerveaux: en six ans, l'embargo international a rejeté l'Irak, pays pétrolier et naguère en pleine expansion, au rang des Etats les plus pauvres de la planète.' C'est en ces termes que Salim Yassine, envoyé spécial de l'AFP, résume la tragique situation humanitaire de l'Irak.

La situation humanitaire décrite par l'ONU est significative, poursuit-il, en soulignant: 'Le rapport comparatif (1990-premier semestre 1996), publié récemment par le Bureau de coordination humanitaire de l'ONU, parle d'une situation inquiétante qui se détériore constamment (...).'

En six ans, indique le journaliste, 'la mortalité infantile a doublé à Bagdad passant de 80 à 161 décès pour 1.000 naissances. Elle a sextuplé en zone rurale, passant de 257 à 1.356 décès pour 100.000 naissances.' Dans la seule agglomération de Bagdad, près de 60% des enfants souffrent de malnutrition. Le nanisme a fait son apparition et 70% des femmes enceintes ou ayant des enfants en bas âge sont anémiques.

La capacité d'hospitalisation a été réduite à 41% de celle qui existait avant l'embargo et les hôpitaux manquent de tout et, 'souvent, les opérations chirurgicales sont effectuées sans anesthésie', indique le rapport. Au niveau de l'hygiène, seul 44% de la population a accès à l'eau traitée dans les zones rurales, alors que le niveau était comparable à ceux des pays occidentaux avant l'embargo. Les cas de malaria sont montés pour les seules régions du nord de 3.080 en 1991 à 60.000 en 1995, rappelle l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le manque d'équipement et de pesticides a fait baisser la production agricole de 50% dans certains secteurs. Le niveau d'éducation qui pouvait être comparé à ceux des pays émergents avant 1990 souffre du manque d'équipement et de formation des enseignants dont le salaire moyen équivaut à 4.000 dinars, soit 17,50 F. Le taux de scolarisation primaire ne dépasse plus 42%, alors qu'il atteignait 80% avant l'embargo.

Selon l'UNICEF les rations alimentaires gouvernementales, 1.300 calories, sont nettement insuffisantes puisque celles du programme alimentaire mondial (PAM) destinées aux populations assistées atteignent 2.300 calories.

Avant l'embargo, le revenu annuel par tête s'élevait à 3.821 dollars (19.100 francs), ce qui plaçait l'Irak au rang des pays industrialisés. Il a été réduit depuis l'embargo de cinq fois. Le budget du ministère de la Santé a été réduit entre 5% et 10% de ce qu'il était avant l'embargo lorsqu'il atteignait 450 millions de dollars (2,250 milliards de francs), ce qui permettait aux Irakiens des soins de santé comparables à ceux des pays industrialisés, a-t-il ajouté.

S'exprimant avec prudence, selon l'AFP, le représentant de l'UNICEF affirme que 'la poursuite de cette situation aura un effet cumulatif qui risque d'entraîner des séquelles définitives sur la frange la plus fragile de la population, soit celle des enfants'.

Mais des responsables d'organisations non gouvernementales (ONG), qui ne mâchent pas leurs mots, parlent déjà 'd'une génération perdue, à cause de l'embargo' dans un pays qui dispose des plus importantes réserves prouvées de pétrole après l'Arabie Saoudite.


Paru le 24 septembre 1996 dans L'Humanité.
 
     
Haut de la page
 

(L'association) (L'Irak) (@ contact) - © Association ABIR - 2005 - Tous droits réservés

(Plan du site
)

 

N(hésitez pas à nous poser vos questions accueil Les convois La guerre Géographie histoire témoignages