L'Irak en dates
La guerre du Golfe
Proche et Moyen Orient

 




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L'invasion du Koweït par l'Irak, le 2 août 1990, déclenche une crise aux dimensions multiples : la mainmise sur le pétrole de l'émirat, la remise en question de frontières héritées de la colonisation, le lien établi entre retrait Irakien et résolution du problème palestinien, et la prolifération des armements bousculent un système international qui a perdu ses repères avec la fin de la guerre froide, marquée par la chute du mur de Berlin en novembre 1989.


Les protagonistes de la guerre du Golfe

Dès le 26 février 1990, la crise s'amorce : l'Irak souhaite modifier sa façade maritime, étroite et envasée, et s'assurer un débouché sur le Golfe en louant les îles koweïtiennes de Warba et de Bubiyan. En effet, si Bagdad a reconnu le Koweït en 1963, il n'en a pas accepté les frontières, tracées en 1923 par les Britanniques. L'Irak réclame en outre à son voisin 10 milliards de dollars pour prix du sang versé lors de sa guerre contre l'Iran et l'annulation d'une partie de ses 70 milliards de dettes. Le Koweït refuse. En juillet, le président Irakien Saddam Hussein accuse l'émirat de faire baisser les cours du baril de pétrole en ne respectant pas la discipline de production préconisée par l'OPEP - il est en accord, sur ce point, avec des pays producteurs comme l'Iran ou l'Algérie, dont les recettes pétrolières sont vitales pour financer leurs dépenses en devises; il accuse également le Koweït de voler depuis 1980 le pétrole Irakien de la zone frontalière de Rumayla, et masse 30 000 hommes à la frontière. Le Koweït temporise, tandis que l'OPEP ordonne le relèvement du prix du baril, et que Hussein de Jordanie, le Palestinien Yasser Arafat, le président égyptien Moubarak et Fahd d'Arabie tentent une médiation. Lors de la réunion de Djeddah, le 1er août 1990, les Koweïtiens annulent la dette Irakienne et louent Warba. Mais il est trop tard.

Saddam Hussein a déjà décidé l'invasion du Koweït, qui lui permettra de s'emparer de son immense richesse en or noir (si l'Arabie Saoudite possède à elle seule plus de 25 % des réserves mondiales de pétrole, l'Irak et le Koweït réunis pourraient disposer de près de 20 % de ces mêmes réserves) et d'affirmer l'autorité de Bagdad dans la région.



Les ambiguïtés américaines dans la crise du Golfe


Depuis Jimmy Carter, la politique moyen-orientale des États-Unis - appuyée sur la présence dissuasive de la flotte américaine dans la région - vise à empêcher la domination du Golfe par un pays hostile à leurs intérêts. Dans les années 1980, ce pays hostile est la République islamique d'Iran: Washington fournit donc, de 1984 à 1989, des armes à Bagdad, en guerre contre Téhéran. Cependant, après le cessez-le-feu intervenu au cours de l'été 1988 entre l'Iran et l'Irak, l'image de S. Hussein se détériore, non seulement parce qu'il est un dictateur brutal, mais aussi parce qu'il préconise un système de sécurité arabe indépendant, remet en question la présence américaine dans le Golfe et cherche à se doter de l'arme nucléaire. Le Congrès réclame des sanctions au printemps 1990, mais l'administration Bush s'y oppose. Le 25 juillet, l'ambassadrice des États-Unis, April Glaspie, affirme à S. Hussein que son pays n'a pas d'opinion sur les frontières de l'Irak avec le Koweït. Or, depuis peu, les satellites américains ont pu détecter des mouvements de troupes Irakiennes à la frontière de l'émirat: S. Hussein interprète la déclaration de l'ambassadrice comme un feu vert. Pourtant, le 28 juillet, George Bush prévient l'Irak que le recours à la force est inacceptable, alors que le secrétariat d'État explique au Congrès, le 30, qu'il faut s'entendre avec Bagdad.

Piège tendu à l'Irak pour rendre inévitables le conflit armé avec le Koweït et l'intervention des États-Unis, ou contradictions entre Département d'État, Pentagone et Congrès avant que la présidence ne tranche? La première hypothèse a été souvent évoquée et serait, selon certains chercheurs, confirmée par les archives américaines disponibles sur la guerre du Golfe. Pour sa part, April Glaspie affirme que les États-Unis se seraient accommodés d'une conquête Irakienne limitée au nord du Koweït.


L'invasion du Koweït

Le 2 août 1990, à 2 heures du matin, 100 000 soldats Irakiens entrent au Koweït pour "aider à la mise en place d'un gouvernement provisoire". L'émir al-Sabbah et son fils gagnent l'Arabie Saoudite, d'où ils appellent à résister. Dès le 3 août, les Américains, mais aussi les Soviétiques, condamnent l'agression et invitent la communauté internationale à prendre des mesures contre l'Irak. Sans doute S. Hussein avait-il estimé que, dans cette région du monde où les principes généraux du droit ont été continuellement bafoués, son action ne soulèverait qu'une indignation passagère. C'était sans compter avec l'impossibilité pour les Soviétiques de jouer un autre jeu que celui des Américains, et, pour l'ONU, de rester sans réagir face à l'annexion d'un de ses pays membres. Troublé, le maître de Bagdad fait savoir qu'il veut se retirer progressivement, en laissant un gouvernement "révolutionnaire". Mais, n'ayant pu trouver des personnalités de l'opposition koweïtienne pour former un cabinet pro-Irakien, il se ravise le 8 août et annexe l'émirat.

Ayant ainsi repris l'offensive - alors que les Américains ont lancé, le 7 août, à la demande de Riyad qui se sent menacée par les ambitions Irakiennes, l'opération "Bouclier du désert" visant à installer une importante force multinationale en péninsule Arabique -, Bagdad affirme mener une guerre des pauvres contre les riches, thème qui touche particulièrement les masses arabes défavorisées. Le 9, les Occidentaux présents au Koweït et en Irak sont pris en otage, et certains sont envoyés (le 18) comme boucliers humains sur les sites stratégiques, ce qui contribuera à "diaboliser" la figure de S. Hussein auprès des opinions publiques occidentales et à renforcer l'hostilité des pays concernés à son égard.

Le 10 août, l'Irak, pourtant dirigé par un parti laïc (le Baas), appelle tous les Arabes à la "guerre sainte" - le djihad - pour libérer La Mecque. La présence des Américains (des non-musulmans) à proximité des lieux saints de l'islam, légitimée par les oulémas saoudiens, est dénoncée par les oulémas Irakiens. Mais, le même jour, la Ligue arabe réunie au Caire décide l'envoi d'une force arabe pour défendre l'Arabie Saoudite.

Le 12, S. Hussein annonce un plan de paix qui lie son retrait du territoire koweïtien à l'application du droit international en Palestine et au Liban (retrait des Israéliens des territoires palestiniens occupés, et retrait des Israéliens et des Syriens du Liban). Il entend montrer ainsi la faiblesse des justifications morales des Américains, alliés de pays occupants comme Israël et la Syrie, et obtient du même coup la sympathie des opinions arabes, toujours très sensibles à la question palestinienne.

Le 15 août, pour briser son encerclement, l'Irak consent à signer la paix avec l'Iran, abandonnant ses acquis de huit ans de guerre. Dès lors et jusqu'à la mi-décembre, il libère progressivement les 3 500 otages occidentaux et soviétiques, espérant ainsi affaiblir la coalition qui s'est dressée contre lui.


Le rôle de l'ONU dans la guerre du Golfe

Dès le 2 août, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution condamnant l'invasion du Koweït et exigeant le "retrait immédiat et inconditionnel" des forces Irakiennes. L'objectif de l'ONU - imposer le respect du droit international - et ceux des États-Unis - donner un coup d'arrêt aux ambitions Irakiennes menaçant les monarchies pétrolières du Golfe, leurs alliées, et établir un équilibre régional à leur avantage - convergent parfaitement. Les États-Unis prennent donc la tête de la coalition internationale et imposent facilement leurs résolutions aux autres membres permanents du Conseil de sécurité (Grande-Bretagne, France, URSS, Chine), dont aucun ne peut s'offrir le luxe de s'opposer à l'Amérique. Entre le 2 août et le 25 novembre 1990, les résolutions onusiennes iront crescendo, depuis le décret d'embargo commercial, financier et militaire contre l'Irak (6 août), jusqu'à l'autorisation d'utiliser la force après le 15 janvier 1991 pour contraindre les troupes de ce pays à quitter l'émirat (29 novembre).

Le 8 novembre, l'Amérique décide de faire la guerre. Elle répond au souhait du Pentagone - qui espère échapper aux restrictions budgétaires menaçantes depuis la chute du mur de Berlin et tester les nouvelles armes électroniques - et à celui des milieux d'affaires, qui pensent sortir de la récession économique grâce à la guerre. Washington veut en outre exorciser les fantômes du Viêt-nam et montrer au monde que les États-Unis sont la dernière superpuissance. Le 9 janvier 1991, l'entretien à Genève entre Tarek Aziz, ministre Irakien des Affaires étrangères, et son homologue américain James Baker n'aboutit donc pas, et pas davantage le voyage de Javier Pérez de Cuéllar, secrétaire général de l'ONU, à Bagdad, le 13 janvier. Le 14, une démarche de la France se heurte à l'opposition des États-Unis et de la Grande-Bretagne, qui ne tiennent pas davantage compte du plan de paix présenté par les Soviétiques le 18 février.

Pérez de Cuéllar affirmera: "Cette guerre a été autorisée par les Nations unies, elle n'est pas une guerre des Nations unies"; en effet, c'est un commandement américain qui la conduit, et non le Conseil de sécurité.


La guerre du Golfe et ses conséquences

L'opération "Tempête du désert" débute le 17 janvier 1991 par des bombardements massifs sur les villes Irakiennes, effectués par des avions venus de Diego Garcia, dans l'océan Indien, d'Espagne et de Grande-Bretagne: la destruction du potentiel militaire et de l'infrastructure économique de l'Irak constitue l'objectif prioritaire, avant la libération du Koweït. Depuis des mois, l'action psychologique des alliés a considérablement gonflé les capacités militaires de l'Irak - son armée est présentée comme la quatrième du monde -, alors que ce pays n'est qu'une puissance moyenne du tiers-monde. En six semaines, le territoire Irakien reçoit autant de bombes que l'Allemagne en reçut pendant toute la Seconde Guerre mondiale: 88 500 t sont larguées lors des 110 000 sorties aériennes. Pour conserver l'appui de l'opinion publique, l'information est contrôlée, voire manipulée: le 25 janvier, Washington accuse Bagdad de provoquer une marée noire, illustrée par un oiseau mazouté; on saura par la suite que l'oiseau était un pétrel breton.

L'Irak répond par des actions plus symboliques qu'efficaces: 47 missiles Scud sont lancés contre l'Arabie Saoudite, et 39 contre Israël pour attirer ce dernier - sans succès - dans le conflit. Le 24 février, l'assaut terrestre frontal (sur 500 km), associé à un mouvement tournant par l'ouest, ne rencontre pas de résistance: l'armée Irakienne est écrasée. Le 28, après la libération de Koweït-Ville, les hostilités cessent sur ordre de G. Bush; la bataille terrestre n'aura duré que cent heures. Les Alliés ont perdu moins de 200 hommes, alors que 100 000 soldats Irakiens ont été tués et 300 000 autres blessés, et que des dizaines de milliers de civils ont péri sous les bombardements.


L'écrasement de l'Irak

Les dégâts matériels en Irak sont évalués à 170 milliards de dollars. Encouragées par les coalisés, des insurrections éclatent dans le Sud chiite et au Kurdistan au lendemain du cessez-le-feu. Le 4 mars, les Kurdes prennent Sulaimaniya, et contrôlent dès le 24 tout le Kurdistan Irakien. Dans le Sud, les insurgés tuent des membres du parti Baas. La Garde républicaine, fidèle à S. Hussein, utilise des hélicoptères - dont l'emploi est autorisé par les accords de cessez-le-feu - pour abattre massivement les chiites et reprendre l'avantage au sud. À la fin mars, le Kurdistan est attaqué: 2 millions de Kurdes fuient vers les frontières turque et iranienne par peur des bombes chimiques (responsables de 5 000 morts en 1988). Les Américains, qui avaient appelé au renversement de S. Hussein, condamnent la brutalité de la répression, mais refusent d'intervenir "dans les affaires intérieures de l'Irak". Le 5 avril cependant, l'ONU invoque le "droit d'ingérence humanitaire" pour aider l'immense masse des réfugiés Irakiens, kurdes essentiellement, que les troupes alliées incitent bientôt à rentrer, sous leur protection, en Irak.

Les résolutions adoptées le 3 et le 9 avril par le Conseil de sécurité mettent officiellement fin à la guerre; elles obligent l'Irak vaincu à reconnaître les frontières du Koweït, à accepter la destruction de son potentiel militaire (chimique, bactériologique et nucléaire) et à payer de lourds dommages de guerre. En octobre, l'industrie Irakienne est placée sous contrôle de l'ONU.


L'impact de la guerre du Golfe dans le monde

Confrontés au choix d'un camp arabe (les monarchies pétrolières) contre un autre camp arabe (l'Irak), le Conseil de coopération arabe (Irak, Jordanie, Égypte, Yémen) se déchire, l'Union du Maghreb arabe (Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, Mauritanie) et la Ligue arabe se divisent; 200 000 Palestiniens, 150 000 Égyptiens, 600 000 personnes originaires du sous-continent indien quittent le Koweït, et 350 000 Égyptiens sont chassés d'Irak.

Soixante milliards de dollars de capitaux privés fuient vers l'Occident. Le Koweït dépense 20 milliards de dollars, et l'Arabie Saoudite 48 pour financer les armées occidentales et récompenser les alliés pauvres (URSS, Turquie, Égypte). La Syrie obtient 2 milliards d'aide directe et peut étendre son emprise sur le Liban avec la bénédiction des Américains (éviction du général Aoun, en octobre 1990). L'Iran voit sa neutralité récompensée par sa réintégration dans le concert diplomatique international.

En revanche, l'Arabie Saoudite cesse de financer l'OLP, qu'elle entend ainsi punir de son soutien à S. Hussein. Israël, qui a su conserver un profil bas, n'apparaît plus aussi indispensable à Washington, qui a testé la solidité de ses alliances avec les pays arabes. La Maison Blanche fait désormais pression sur l'État hébreu pour que soit réglée la question palestinienne. Mais la conférence régionale de paix qui s'ouvre entre Israéliens et Arabes à l'automne 1991 ne débouche pas sur des résultats tangibles.

Malgré la promesse d'un "nouvel ordre international", le premier conflit armé de l'après-guerre froide n'a fait qu'établir un nouvel équilibre des forces régionales - avec les États-Unis comme arbitres et maîtres du jeu -, sans régler au fond le problème palestinien, ni la question de la prolifération des armements, ni celle de l'avenir de l'Irak, ni celle de la démocratisation des pays arabes.

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