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Une véritable tragédie...

 



«Une véritable tragédie»
Interview du père Benjamin, auteur de Irak, l’apocalypse

Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG, comme l’Association des juristes démocrates, la Fédération générale des femmes arabes,…) ont mis sur pied, la semaine dernière, un colloque pour dénoncer la situation en Irak. Un conférencier de renommée, le RP Jean-Marie Benjamin, auteur d’un livre1 et d’un documentaire filmé sur le sujet, est venu parler des conséquences de l’embargo. Comme il le dit dans son livre «se rendre en Irak n’est pas facile. L’aéroport de Bagdad est fermé depuis plus de huit ans». Malgré les difficultés, il s’est rendu deux fois dans ce pays à la fin de 1998, pour y tourner «Irak, voyage au royaume interdit » sur les conséquences de la guerre et de l’embargo.

De fréquents bombardements continuent au nord et au sud de l’Irak (des raids menés par les USA et le Royaume Uni). Les images du documentaire montrent la destruction du pays, un peuple qui meurt de faim et des enfants qui naissent avec des anomalies due à la contamination à l’uranium. Le père franciscain a bien voulu répondre aux questions de Gauchebdo.

Qu’est-ce qu’il y a de choquant, selon vous, dans la poursuite de l’embargo ?

Jean-Marie Benjamin : C’est une des plus grandes tragédies organisées dans le monde. Cet embargo dure depuis 10 ans en Irak et pourtant, les bombardements anglo-américains se poursuivent sur ce pays. La population y est enfermée comme dans un vaste camp de concentration, duquel il est interdit de rentrer et de sortir. Depuis la fin de la guerre du Golfe, on compte environ 500’000 morts en Irak. En plus des bombardements, un million de projectiles à l’uranium appauvri ont été déversé sur l’Irak. Ils contenaient de la radioactivité, ce qui a contaminé le territoire. Or, à cause de l’embargo, la décontamination est rendue impossible. Aujourd’hui, les radiations ont infiltré le sable du désert et pollué les eaux, la végétation, les aliments, (par le biais des animaux de boucherie), en un mot : la population et son environnement. Ce phénomène a des conséquences pathologiques désastreuses et provoque des anomalies à la naissance des enfants. Depuis la guerre, on constate une augmentation de 350 à 400% de cas de cancers (leucémie), de déficiences immunitaires, d’infections (zona) dans le sud de l’Irak.

Bref, l’Irak est un pays complètement à l’agonie. Un exemple : seulement 30% de la population a accès à de l’eau potable : une part non négligeable des gens boit de l’eau infectée et contaminée par les radiations de l’uranium appauvri. Les rapports des agences de l’ONU, des instituts spécialisés et des organisations internationales dénoncent la souffrance du peuple Irakien. Toutefois, d’un côté on parle d’aide humanitaire et d’aide au développement et de l’autre on réduit le peuple irakien à la préhistoire. Il y a là une contradiction évidente.

Les enfants en première ligne

Tout ceci pose un problème de conscience Pour moi, les sanctions imposées à l’Irak sont une violation des droits de l’homme. L’embargo et les bombardements à l’uranium appauvri sont en train de détruire tout un peuple. Et l’ONU se montre impuissant et n’a plus les moyens d’imposer quoi que ce soit. Or, c’est à elle de faire respecter le droit international.

En somme, d’un côté, les Nations Unies imposent un embargo et de l’autre, elles envoient leurs fonctionnaires (notamment ceux de l’UNICEF) compter les morts !

Le sous-sol irakien renferme l’équivalent d’un siècle de pétrole, je soupçonne les Américains de vouloir mettre la main dessus. Tout cela pour des dollars, c’est écœurant.

Quelle est la situation des enfants en Irak ?

Tout d’abord, il y a un sérieux problème sanitaire général. En Irak, les médicaments sont rares -tellement que quand un médicament arrive tout de même dans les hôpitaux, les médecins ne savent pas selon quel critère le distribuer aux enfants. Sur 300 demandes, à peine dix sont satisfaites. Je ne comprends pas comment un pays qui doit affronter tant de problèmes sanitaires ne reçoit pas des médicaments !

Qui plus est, en ce qui concerne leur distribution, le réseau des transports est complètement détruit. Dans le nord et le sud (zone d’exclusion aérienne, ndlr) les transports aériens sont interdits. Donc l’alimentation et les médicaments n’arrivent pas beaucoup plus loin qu’à Bagdad où la situation est déjà grave.

Les premières victimes de cette situation sont évidemment les enfants -qui ne peuvent même pas être vaccinés. Chaque mois en Irak, 5000 enfants meurent de faim et de maladie (diarrhée, pneumonie…) dans des conditions atroces (l’UNICEF, l’une des rares organisations à travailler sur place, a estimé récemment qu’un enfant sur quatre de moins de 5 ans souffre de malnutrition à cause de l’embargo, ndlr). J’ai moi-même assisté à une opération durant laquelle on a enlevé l’appendice à un enfant de 12 ans…sans anesthésie ! C’est horrible.

Dans son rapport annuel de 1998, l’UNICEF confirme la mort 90.000 enfants par an en Irak. Pourtant, on pourrait éviter que ces enfants ne meurent tous les mois dans le silence total de la communauté internationale.

Pour l’éducation, la situation est tout aussi catastrophique: il y avait 10’334 écoles avant la guerre dont plus de 8000 ont été bombardées durant les opérations. Actuellement, 50% de la population scolarisée ne va plus à l’école. Les enfants sont obligés d’aller mendier.

Comment faut-il faire pour supprimer l’embargo ?

Le système onusien a quelque chose de corrompu actuellement: il suffit du veto d’un seul pays (membre principal du Conseil de sécurité, ndlr) pour bloquer toute décision sur l’embargo. Si la communauté internationale veut arrêter cette opération, le seul moyen possible serait de passer outre, en prenant la responsabilité de violer unilatéralement et volontairement ses règles. Bref, qu’un pays décide de lever l’embargo et que d’autres suivent.

Il faudrait peut-être que les pays et les peuples disent, enfin, qu’ils ne veulent plus être complices du génocide perpétré contre le peuple irakien. De leur côté, les instances internationales devraient bouger et faire pression sur les gouvernements pour permettre à l’ONU de se sortir de cette situation de blocage pour imposer la levée de l’embargo.

 
     
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